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J’ai retrouvé le dernier de ma classe des années collèges : voici ce qu’il est devenu🤦🏾‍♂

J’ai retrouvé le dernier de ma classe des années collèges : voici ce qu’il est devenu🤦🏾‍♂

À 7 heures 30, je quittai Yopougon pour la gare K.A.S d’Adjamé située dans les encablures de l’avenue de l’église universelle. Je devais prendre le car de 9 heures pour destination San-Pédro. J’y allais pour rencontrer une jolie petite dont j’avais fait la rencontre sur Facebook. Après avoir flirté longtemps sur messenger, nous avions convenu de passer le week-end ensemble, dans un hôtel de la ville côtière. Pour le séjour, j’avais fait de petits djôssis de sorte à réunir la bagatelle de 120.000 francs CFA, dédiée à m’éclater avec ma correspondante.
    
Pendant que je m’acheminais vers la gare K.A.S, deux individus surgirent soudain, l’un devant moi et l’autre, derrière.

-Gagnoa Divo Yakro Meagui vous voyagez ? me  questionna le jeune homme aux allures de vagabond en me secouant fortement la main.

-Mais lâche-moi ! Tu es obligé de me saisir le bras ? Lâche-moi ! Je vais à la gare K.A.S et je sais où c’est situé.

Le jeune homme lâcha mon bras et je continuai ma marche vers la gare. Comme s’il avait besoin de me tenir la main pour me demander où j’allais ! Que de voyous dans cette commune !
      
À la gare K.A.S, je me rendis au guichet pour acheter mon ticket. Coup de théâtre, je fouillai toutes mes poches, mon porte-monnaie n’était nulle part. Fhum ? Mon argent ? Mes 120.000 ? Mon  »tréport » et mon jeton des plages de Monogaga ? Je perquisitionnai mon sac bien que sachant que je n’y avais pas rangé mon « djai ». Ma petite fortune avait vraiment disparu !

Je me souvins de la scène des deux jeunes hommes qui m’avaient accosté. Pendant que l’un me secouait le bras pour me distraire, son complice avait dû plonger la main dans ma poche pour me déposséder de mon portefeuille. Bon sang, les bandits, les  »babiès les modiyas », ils m’avaient  »débalou » ! Un vol de lèse-majesté avortant systématiquement mon voyage dans le Bas-Sassandra ! Moi qui m’imaginais passer la nuit entre de délicieuses cuisses…

-Votre participation pour le transport monsieur ?

C’était la caissière derrière la vitrine qui m’interrogeait. Je quittai le guichet pour faire de la place aux autres clients, les yeux rougis par la douleur.


     
Je me promenai comme un fou à la recherche des malfrats qui m’avaient détroussé, puis revins dans la cour de la gare K.A.S pour pleurer mon malheur. Une rutilante voiture AUDI TT gara tout d’un coup devant moi en descendant sa vitre. Le chauffeur me regarda avec insistance, puis descendit en se dirigeant vers moi :

-Bandé Émile Édouard ? me questionna-t-il en plissant les sourcils.

Qui était cet inconnu qui venait incroyablement et brillamment de décliner mon identité à l’État civil ?

-C’est bien moi monsieur. Mais où me connaissez-vous ?

-Édouard, sacré crétin ! tu ne peux pas m’avoir oublié, voyons ! Nous avons fait la même classe au Collège Moderne d’Adjamé. J’ai été pendant de longues années le dernier de la classe tandis que toi, tu étais toujours premier.  Comment tu peux oublier un tocard, mon ami ? Dans une classe, on se souvient toujours parfaitement de deux extrémités : l’intelligent et le cancre. Tu ne vois toujours pas mon visage ? Je suis Kamagaté…

-Abdoul Siaka !

-Voilà que tu t’es souvenu !

Mon vieil ami de classe et moi nous faisions une accolade. Habillé dans un boubou blanc, il avait un parfum agréable. Kamagaté Abdoul Siaka. Comment oublier ce cancre ? Il avait tellement fait marrer la classe avec ses idioties !

Mon ami m’emmena à la cafétéria de la gare pour discuter autour d’un thé.

-Qu’ y a-t-il Édouard ? Pourquoi tu as l’air si malheureux ? Comme si tu viens de pleurer. Tu as perdu quelqu’un ?

-Ehé Kamagaté, ce que j’ai perdu, c’est plus que perdre quelqu’un…

Je racontai fidèlement mon histoire à Kamagaté. L’argent que j’avais gagné durement et dont j’avais été dépouillé, mon voyage à San-Pédro où la jolie petite m’attendait. Malheureusement ce voyage était en plein avortement…

Mon ami m’écouta avec beaucoup d’attention, puis pris la parole de sa voix stridente et persuasive :

-Édouard, tu ne vas pas changer, hein. Depuis l’école, tu aimes les fesses. Bon, écoute, je t’offre ton ticket aller-retour pour San- Pédro, si ça peut te faire plaisir. Ensuite je te rembourse le triple de l’argent que tu as perdu. Ça pourra bien te servir pour la poche comme tu l’avais prévu…

-Quoi ? Kamagaté, tu es sérieux ? Le triple de la somme que j’ai perdue ainsi que le transport ? Fhum !

-Pour le transport, ce n’est rien d’extra. Toutes les fois que tu voudras te rendre à San-Pédro, sache que tu n’auras plus rien à débourser, puisque je suis le propriétaire de cette gare. K.A.S, ça ne te dit rien ?

-Wahooo ! Kamagaté Abdoul Siaka alias KAS, je n’y ai même pas pensé ! C’est de toi que tout le monde parle dans ce pays et je ne sais même pas qu’il s’agit de mon ancien camarade de classe ! Je suis fier de toi, Abdoul ! Tu as des centaines de cars, à ce qui se dit. Vraiment félicitations !

KAS enleva une liasse de billets de banque de sa poche et compta devant mes yeux ébahis la somme de 360.000 francs qu’il me tendit :

-Tiens, cher ami. Je te donne cela pour que tu cesses de pleurer. Si pour toi, perdre une centaine de mille est plus que perdre quelqu’un, j’imagine ce que tu dois éprouver. J’ai ressenti ta douleur lorsque tu me narrais ton histoire, et je ne pouvais pas rester impassible. Tu veux aller à San-Pédro, ça peut te faire du bien, tant mieux. Cependant, j’ai juste un conseil à te donner. À mon avis, à ton âge, tu ne devrais pas pleurnicher pour avoir perdu 120.000 francs. Ton voyage annulé juste parce que cet argent t’a été volé, alors tu dois te poser des questions. Édouard, tu serais allé faire un retrait si tu avais un compte garni. Et comme tu n’as rien, tu es resté là à t’apitoyer sur ton sort. Tu as grouillé pour obtenir cet argent. Ce qui dénote que tu ne manques pas de courage. Mais, ce voyage en valait-il la peine ? Pour les beaux yeux d’une fille, tu étais prêt à aller claquer l’argent de ta rude sueur. Édouard, cet argent aurait pu constituer un investissement pour un projet. Oui, tu aurais pu entreprendre, car c’est un peu un peu manioc devient attiéké. Quand on veut réussir dans la vie, il faut se priver souvent de certains vices, de certains luxes qui nous dépassent, au risque de le regretter pendant nos vieux jours. C’est à ce prix-là que moi j’ai bâti ma fortune, de sorte  qu’aujourd’hui, je peux me permettre tous les plaisirs qui m’enchantent. Bandé Émile Édouard, ce n’est pas partout qu’un homme doit bander. L’érection doit se faire de façon consciencieuse, selon son niveau. Édouard,   on dirait qu’être intelligent à l’école ne signifie pas systématiquement intelligent dans la société, hein ?

Mon ami et moi nous mettions à rire de bon cœur de ses derniers propos. Vous comprenez, il me disait subtilement que j’étais idiot. Pour quelqu’un qui m’avait sauvé d’un  »goumin-goumin » financier, c’était bon à prendre…

KAS me remit sa carte de visite et recommanda à son convoyeur de me gratifier d’un ticket de voyage. Il prit ensuite congé de moi en me serrant chaleureusement la main :

-J’ai une réunion avec mes employés. À nous revoir, Bandé Émile Édouard !

-Merci beaucoup KAS !

Je sortis de la cafétéria en pensant à chaque mot que m’avait adressé le Boss de KAS Transport. Sa sagesse m’avait rendu BÉE comme les initiales de mon nom.

Mon téléphone sonna. À l’autre bout du fil, ma jolie petite de San-Pédro :

-Allô Édouard mon gros doudou mon chouchou, c’est Prisca. Juste savoir si tu as pu embarquer dans le car de 9 heures…

-Éloigne-toi de moi ! Arrière de moi !

-Qu’est-ce que tu dis ? Tu parles à quelqu’un à côté ?

-C’est à toi que je parle, Prisca. Je dis, arrière de moi ! Tu n’as aucune ambition à part vouloir t’amuser. Je ne suis pas ton homme. Je ne viendrai pas !

-Mais attends, tu deviens fou ou quoi ?

-Non, c’est avant que j’étais fou. Maintenant je suis délivré. J’ai toute ma lucidité. Je ne viendrai pas te voir pour gaspiller de l’argent dans un hôtel de luxe et m’adonner à des conforts alors que je me cherche encore dans la vie…

-Ayi ?

  Je raccrochai Prisca au nez, vendis à un voyageur le ticket qu’on m’avait offert, puis partis prendre mon gbaka pour Yopougon. La petite, elle était innocente, je sais, je ne devrais en vouloir qu’à moi-même.
     
La réussite de Kamagaté, le dernier de la classe, m’avait bouleversé. Assis à la fenêtre pendant que la voiture allait à vive allure, je refléchissais sur des projets d’avenir. Soudain, avant le tunnel donnant sur l’autoroute du Nord, j’aperçus deux individus marchant sur le trottoir. Tout agité, je reconnus mes voleurs, les bandits qui m’avaient spolié mon portefeuille… Je me levai en mettant la tête dehors sans que l’apprenti ne susse pourquoi. Je n’arrivai pas non plus à sortir le moindre mot. Brutalement, le gbaka s’était engagé irréversiblement sur la grande voie de l’autoroute du Nord.

Louis-César BANCÉ

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